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La Genèse, dans le manuscrit de la Bible historiale (ms 59)

Par Marie-Thérèse Gousset (Bibliothèque nationale de France)

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Le chanoine Pierre Comestor, originaire de Troyes, est devenu professeur puis chancelier des écoles de 1168 à 1178, à Paris, où il est mort vers 1179 à l'abbaye Saint-Victor. Il est l’auteur de l'Histoire scolastique, un commentaire de la Bible en latin où il s'attache avant tout à mettre en valeur le sens littéral du texte. Il fait référence, non seulement aux commentaires des Pères de l’Eglise, mais surtout à des ouvrages historiques comme les Antiquités judaïques de Flavius Josèphe.

 Vers 1295, un chanoine d'Aire-sur-la-Lys, en Picardie, Guiard des Moulins, a traduit en français l'Histoire scolastique, en y ajoutant des extraits d’une traduction française de la Bible qui a été élaborée au cours du xiiie siècle. Ainsi naît la Bible historiale, qui sera progressivement complétée par des emprunts de plus en plus larges à la Bible en français.

Cette Histoire sainte a très vite connu un vif succès. Entre 1315 et 1350, la Bible historiale devient l'une des œuvres les plus fréquemment copiées et enluminées à Paris. Or, c'est précisément à cette production parisienne qu'il convient de rattacher le ms. 59 de la Médiathèque de Troyes. Cet imposant volume in-folio de 622 feuillets contient la version complétée de la Bible historiale, accompagnée d'une abondante illustration.

141 peintures animées et hautes en couleur, qui se détachent souvent sur un fond d'or, ouvrent chaque livre et chaque section de l’Ancien Testament. Les enluminures se concentrent sur certains thèmes pour constituer des cycles comme la Création, l’histoire de Noé ou la vie de Joseph. L'iconographie du manuscrit, proche de ce qu’on trouve dans les nombreuses copies de la Bible historiale datées des années 1320-1330, puise aussi bien dans l'illustration biblique traditionnelle que dans celle des chroniques ou des romans de chevalerie.

Deux artistes anonymes, mais bien connus dans le Paris de la première moitié du xive siècle, se sont partagé la décoration peinte du manuscrit. Le premier intervenant est le Maître de Fauvel, qui a notamment exécuté les dessins aquarellés d'un exemplaire du Roman de Fauvel vers 1320 (Paris, BNF, ms. fr.146). Entre 1310 et 1340, il travaille pour plusieurs libraires, en particulier Geoffroy de Saint-Léger, père et fils, Thomas de Maubeuge et Richard de Montbaston. Son œuvre prolifique compte actuellement une cinquantaine de manuscrits. D’abord minutieux, son trait devient plus lâche au fil du temps, le dessin prend l'allure d'une esquisse, la couleur semble posée à la hâte. Ces négligences n'effacent cependant pas le caractère vivant des scènes les plus stéréotypées. Sa palette est toute en demi-teintes, riche en bleu, vert, mauve, vieux rose et brun. Dans le ms. 59, il est notamment l’auteur du frontispice et des scènes de la Création.

Le second peintre a participé au décor de la Bible historiale dite de Papeleu, datée de 1317 (Paris, Arsenal, ms. 5059). Une quinzaine d'ouvrages (Bibles, chroniques et romans) peut lui être attribuée, soit en totalité soit en partie. L'un des exemples les plus représentatifs de son style est une autre Bible historiale (BnF, ms. fr. 160). Sa palette est éclatante, dominée par l'orange, l'ocre jaune, l'ocre, le rose pourpré et le vert. Ces tonalités chatoyantes, qu’on retrouve ici dans les enluminures qui suivent la Création, rehaussent un dessin vigoureux aux contours précis et bien marqués.

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