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des trésors de la Médiathèque

 

Le grant kalendrier et compost
des bergiers
(extraits)
Troyes, Nicolas Le Rouge, 1523. Cote : Bbl 651.

Le grand calendrier et compost des bergers
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Contrairement aux almanachs, dont le contenu évolue au cours des années, le Compost des bergers est à peu près immuable dans sa forme comme dans son fond. Il s’agit avant tout d’un recueil de données astronomiques, qui donne également des informations scientifiques, médicales ou pratiques et des conseils moraux pour savoir se diriger dans la vie terrestre, et mériter le Paradis. On y trouve également des prédictions astrologiques, ce qui lui vaudra la méfiance des lettrés et du pouvoir royal.

Le texte aurait pour origine le Vray Régime et gouvernement des bergers de Jehan de Brie (1379), auquel sont adjoints des passages du Livre de nature et les Dits des oiseaux, qui renvoient à la tradition des bestiaires du Moyen Age.

Il y eut au moins 40 éditions en français du Compost des bergers, réalisées à Paris, à Lyon, à Rouen, etc, depuis la fin du 15e siècle. La plus ancienne édition troyenne conservée à la Médiathèque est celle de Nicolas Le Rouge, en 1529. Elle servira de modèle aux imprimeurs de la Bibliothèque bleue, et est suivie, en 1541, par une édition de Jean Le Coq. Mais la plus ancienne édition qu’on puisse assurément considérer comme de colportage est celle de Nicolas II Oudot, en 1657.

Pour en savoir plus sur le calendrier des bergers, consultez le dossier pédagogique.
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La grande danse macabre
Troyes, Jacques Oudot, vers 1700. Cote : Bbl 655.

La grande danse macabre est l’un des fleurons de la Bibliothèque bleue de Troyes. Elle dérive de l’édition sortie, le 28 septembre 1485, des presses de l’imprimeur Guyot Marchand, à Paris. Celle-ci était elle-même une copie des fresques réalisées, vers 1420, au cimetière des Saints-Innocents, à Paris, et dont on trouve de nombreux autres exemples dans la France entière. La troisième édition, de 1486, ajoute à la Danse des hommes le Dit des trois morts et des trois vifs. Puis, presque aussitôt, Guyot Marchand imprime la Danse des femmes (attribuée au poète Martial d’Auvergne), complétée par le Débat du corps et de l’âme et par la Complainte de l’âme damnée.
L’imprimerie offrira une très large diffusion à ces œuvres, qui seront rééditées à plusieurs reprises notamment par le grand libraire parisien Antoine Vérard et, à Troyes, par Guillaume Le Rouge. Vers 1510, l’imprimeur troyen Nicolas Le Rouge rassemble la Danse des hommes et la Danse des femmes en un seul volume, illustré avec les bois gravés qu’il a hérités de Guyot Marchand et Guillaume Le Rouge.
Après la dernière édition de Nicolas Le Rouge (1531), on ne retrouve pas de trace de la Danse macabre à  Troyes jusqu’à ce qu’elle apparaisse dans certains inventaires de stocks de libraires, à partir de 1623. La plus ancienne édition de colportage conservée date de 1641. Après cette date, elle sera constamment rééditée par les deux grandes familles rivales d’imprimeurs de la Bibliothèque bleue, les Oudot et les Garnier, et par leur successeur Baudot, jusqu’en 1840. Même si le texte est progressivement retouché, si les bois sont remplacés au fur et à mesure qu’ils deviennent inutilisables, le modèle initial resta ainsi presque inchangé pendant près de quatre siècles.

Dans les livrets de colportage comme sur les murs des églises, la mort entraîne toutes les classes de la société, tous les âges de la vie dans sa danse. Elle affirme ainsi le principe de l’égalité de tous devant les tourments qui attendent le pécheur. La Danse macabre témoigne également de la terreur qu’inspirait aux hommes et aux femmes du temps une mort pourtant omniprésente et familière.
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Livre d'heures à l'usage de Troyes (extraits)
décoré par le Maître du Missel de Troyes (vers 1460). Cote : Ms 3897.

Ce très beau manuscrit est un livre d’heures à l’usage de Troyes, daté de 1460 environ, et attribué à l’un des artistes majeurs de l’enluminure gothique finissante, le Maître du Missel de Troyes. Son histoire à l’époque moderne est assez bien connue : une main a ajouté, dans une écriture cursive peu soignée, le nom de saint Swithen dans le calendrier, à la date du 15 juillet, preuve qu’il se trouvait déjà en Angleterre à la fin du XVIe siècle. La reliure, réalisée au XIXe siècle, réemploie d’ailleurs des éléments datant de cette époque. Au XIXe siècle, il appartint à la famille Kendall, durant plusieurs générations, avant d’être acheté en 1927 par Leo S. Bing au marchand londonien Frank T. Sabin. Il a été acquis par la Médiathèque de l’Agglomération troyenne en 2003, lors d’une vente publique à Londres.

Malgré des lacunes dans différents cahiers, il conserve aujourd’hui 159 feuillets. 160 pages sont décorées de bordures de feuilles d’acanthes et de fleurs naturalistes, avec des trèfles, et divers types d’oiseaux, d’animaux et d’insectes. Huit pages portent de grandes miniatures qui témoignent de la richesse de l’enluminure gothique au milieu du XVe siècle.

Le contenu du texte lui-même ne présente rien de très original : après le calendrier, il donne en effet des extraits des Evangiles de saint Luc et saint Matthieu, puis l’Office de la Vierge à l’usage de Troyes, les offices des différentes heures du jour, les Heures de la Croix, les Heures du Saint Esprit, sept psaumes pénitentiels, les litanies, l’Office des Morts à l’usage de Troyes, les Prières à Dieu le Père, les Quinze Joies de Mariage, les Prières à la Vierge, enfin différents Suffrages.


Une grande richesse décorative

C’est par la très grande qualité de son illustration que ce manuscrit mérite d’être qualifié de chef-d’œuvre. Si neuf miniatures au moins ont disparu, les huit qui subsistent aujourd’hui sont l’œuvre d’un artiste qu’on identifie, depuis les travaux de François Avril, comme le Maître du Missel de Troyes. On lui attribue en effet la décoration d’un magnifique missel à l’usage de Troyes copié par le scribe Jean Coquet vers 1460, et conservé aujourd’hui à la Bibliothèque nationale de France (BNF, lat. 865a). Le style des enluminures du livre d’heures est en tout point comparable à celui du Missel. Il se caractérise notamment par un goût prononcé pour les détails réalistes, voire anecdotiques : ainsi, dans la miniature de la Nativité, Joseph refroidit ainsi le repas de Jésus en soufflant sur son écuelle.
Plusieurs indices attestent de l’origine troyenne du manuscrit : l’usage liturgique, le style des enluminures, mais surtout la présence dans le calendrier de la fête de Sainte Mastidie, en lettres dorées, à la date du 7 mai. Le livre d’heures a sans aucun doute été copié et enluminé à Troyes même, et était destiné à être utilisé dans ce diocèse.


L’art de l’enluminure à Troyes au XVe siècle

Après un premier apogée à la fin du XIIe siècle, grâce au mécénat des comtes de Champagne,  Troyes redevint à la fin du Moyen Age le principal centre de fabrication de livres d’heures en Champagne. Après la fin de la guerre de Cent Ans, la ville connut un remarquable essor économique. Nobles et bourgeois s’enrichissent et passent commande de magnifiques manuscrits enluminés aux ateliers troyens.
François Avril a identifié plusieurs artistes dont l’activité fit le renom de l’enluminure troyenne dans la seconde moitié du XVe siècle : le Maître du Missel de Troyes, le Maître des Heures Glazier I (du nom d’un manuscrit aujourd’hui conservé à New York), qui enlumina aussi un lectionnaire pour l’évêque Louis Raguier, et, à la fin du siècle, le Maître du Pierre Michault de Guyot Le Peley, qui travailla pour les plus grandes familles troyennes - les Boucherat, Molé, Hennequin.
Du fait de l’abondance de la demande, la production du Maître du Missel de Troyes et de son atelier souffre parfois d’une exécution un peu hâtive. Mais tel n’est pas le cas de ce manuscrit, qui se caractérise par le style soigné des miniatures, la délicatesse des figures longilignes, la luxuriance des décors (riches intérieurs ou paysages exotiques), et le raffinement des bordures ornées d’oiseaux et d’insectes.

Pour en savoir plus : François Avril et Nicole Reynaud, Les manuscrits à peinture en France 1440-1520, Paris, Bibliothèque nationale, 1993, p. 180-184.
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